Essorage d'imprimante à jet d'encre

09/10/2010 + 02/11/2010
Imprimante

Ou comment imprimer jusqu'à la dernière goutte d'une cartouche.

Petit laïus coup de gueule

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Imprimante

S'il est un appareil qui souligne la bêtise du système marchand actuel, c'est bel et bien l'imprimante qui porte haut la représentation de l'avidité de profit.
Je ne parlerai pas du prix excessif et abusif des consommables ni du fait que le premier renouvellement des cartouches revient à plus cher que le prix l'imprimante elle-même ! Non. A ce propos, vous pourrez visiter l'excellent site sebsauvage.net qui dans un de ses coups de gueule décrit la triste réalité des imprimantes à jet d'encre (le tout agrémenté d'un lien vers un comics de Oatmeal).

Un bon indicatif de l'état d'esprit des fabricants d'imprimantes -et surtout de consommables- est d'observer tout simplement une cartouche d'encre.

coussinet d'air

La plupart des fabricants la fera opaque, en plastique épais pour ne pas voir ce qu'il y a à l'intérieur (ou plus exactement empêcher de voir ce qu'elles contiennent réellement). Bon, il est vrai qu'un carré de mousse imbibé d'encre n'est pas super sexy à voir... Mais sur le principe... Bref ! Ça en dit déjà beaucoup sur l'état d'esprit du constructeur/refourgueur.
D'autres fabricants au contraire jouent la transparence avec un boîtier translucide. Ce sont souvent aussi ceux qui dotent les imprimantes d'un vrai capteur de niveau d'encre (système par capteur optique de réfraction/réflexion).
Et d'autres ont le cul entre deux chaises : on voit en transparence, mais on y voit également des sortes de coussinets gonflés d'air juste présents pour réduire la quantité réelle d'encre...

Mais le plus scandaleux avec ce type d'appareil, ce sont les messages et les blocages imposés par certains constructeurs : le fait qu'une seule des cartouches soit vide -ou supposée vide- suffit à bloquer complètement l'imprimante. "Supposée", oui ! Car ce n'est très souvent qu'une estimation par rapport au nombre de jets de chaque buse que le niveau est "deviné". Et rien n'y fera. Il sera OBLIGATOIRE de racheter une cartouche pour pouvoir imprimer à nouveau. Alors que dans les faits, il reste souvent encore suffisamment d'encre pour imprimer pas mal de pages !!
En réalité, les cartouches ne sont jamais vides quand l'imprimante vous fait savoir (ou plutôt vous fait croire) qu'elles sont à sec. Ceci sous le prétexte (fallacieux ?) de préserver les têtes d'impression... La bonne blague ! (Ah, pardon, il paraîtrait que les généreux constructeurs ne nous font pas payer ce reste d'encre perdu ! Non, non, non ! ... J'y crois à mort ! Ah ! Ah ! Ah !)
Tout ceci est d'autant plus scandaleux que les cartouches sont vidées de force à chaque allumage par un nettoyage de la tête d'impression. Sur le principe, on peut penser que c'est une bonne chose : on purge les canaux des têtes de l'encre séchée ou des bulles d'air. OK. Mais là où ça devient abusif, c'est que les têtes sont sur-nettoyées et une quantité impressionnante d'encre est dilapidée à cette fin. Le pire, c'est que le simple fait d'imprimer en noir use aussi les cartouches couleurs : à chaque démarrage de l'imprimante, hop, nettoyage de toutes les têtes ! D'où des cas de blocage incompréhensibles de l'imprimante à cause des cartouches couleurs alors que l'on n'imprime JAMAIS en couleur.
A ce propos, pourquoi ne pas faire un très bref "débouchage" au démarrage, et ne faire la séquence de nettoyage qu'à la demande de l'utilisateur (avec plusieurs niveaux ou degrés de nettoyage). Pourquoi pas ? Ouais, je crois qu'on a tous la réponse...
Les constructeurs avancent des arguments techniques avec comme gimmick "préserver la qualité d'impression". Ainsi, leurs machines observent une logique immuable, faisant les même nettoyages répétés que vous vous serviez de votre imprimante cinquante fois par jour (en l'allumant/éteignant à chaque fois !) ou tous les trente-six du mois !

Imprimante - Tampon Imprimante - Tampon

Pour vous rendre compte de la quantité d'encre perdue, il suffit de démonter une imprimante (particulièrement celles de "certaines" marques) et de situer le petit tuyau qui purge les têtes d'impression. Il passe en général par une pompe intégrée au mécanisme d'entraînement du papier qui rejette ensuite l'encre vers un énorme tampon absorbant. Le simple fait d'allumer l'imprimante entraîne une purge rapide des têtes, et il s'écoule une quantité que je trouve énorme d'encre par ce petit tuyau (il suffit de le déboîter au niveau du tampon pour voir ce qu'il en ressort).

Imprimante - Tampon

Et pour parachever le "nettoyage", les têtes se positionnent à un autre endroit pour "cracher" directement l'encre sur le tampon absorbant. Pour vous faire une dernière frayeur, démontez le dit tampon, et constatez sont imprégnation...
Je n'invente rien. Pour avoir ouvert un nombre incalculable d'imprimantes, je peux dire que beaucoup fonctionnent avec ce principe.

Et que penser de ces imprimantes qui persistent à faire le nettoyage de leurs têtes alors qu'une cartouche est vide, et donc l'allumage proprement dit ne mène qu'à une superbe combinaison de voyants ou de messages de blocage vous empêchant de vous servir totalement de votre superbe machine multifonction ?

Sans parler des consommables génériques ou compatibles qui se révèlent inutilisables du fait d'un verrouillage constructeur un peu trop tatillon. Voire même des situations avec des consommables officiels de la marque qui refusent de cracher la moindre goutte.

Et comment considérer un constructeur qui fabrique différents modèles à partir d'une même base (pour ne pas dire même mécanique, même tête d'impression) mais qui impose des cartouches totalement incompatibles d'un modèle à l'autre ?

Un autre aspect lamentable de ces machines est leur fin de vie programmée : quand le tampon absorbant est estimé saturé, l'imprimante se bloque définitivement. Ou bien réclame une visite au SAV pour changer le dit tampon et les pièces d'usure (pièces rarement disponibles, voire plus du tout disponibles, ou hors de prix avec la main d'œuvre...) C'est la magie de l'obsolescence programmée (sous toutes ses formes). Principe du tout jetable. Inhérent même au consumérisme effréné actuel...

Quid de la consommation électrique ? Car au delà de consommer pendant l'utilisation (chose normale !) ces machines diaboliques consomment aussi à l'arrêt. Et si la puissance peut sembler négligeable pour une machine (en général à peine 1 watt, mais parfois bien plus), la réalité devient tout autre sur l'ensemble de nos produits technologiques : TV, DVD, téléphone sans fil, box ADSL et box TV, chaîne hi-fi, micro-onde (horloge !), etc. Cumulées, les pertes sont affolantes, alors à échelle mondiale... C'est d'ailleurs affligeant d'ouvrir le capot d'une machine soit disant éteinte, et de constater que des composants non vitaux sont alimentés en permanence (par exemple les fourches optiques qui permettent à l'imprimante de savoir où se situent la tête d'impression et le papier pendant l'impression). De toutes manières, le système d'alimentation d'un appareil reste en général le même quelque soit son état de fonctionnement, qu'il soit allumé, en veille, ou éteint. Et un transformateur (ou une alimentation à découpage) consomme du courant à vide, même "sans rien au bout".

Et je ne parle même pas des drivers trop lourds, buggés ou non évolutifs avec les systèmes d'exploitation. Et je parlerai encore moins de l'aspect qualitatif des impressions dans le temps... (même en respectant scrupuleusement les conseils des fabricants).

Pour finir de vous convaincre, une petite recherche rapide sur le net donne des listes interminables de forums regroupant des situations de blocages, de surconsommation d'encre, de cartouches compatibles inutilisables, etc, etc.



Tous ces symptômes expliquent ces innombrables machines abandonnées au coin des rues les jours de ramassage de nos appareils, hier si chéris, aujourd'hui devenus "encombrants".


Mais le sujet de cet article n'est pas là.


Imprimante Je vais plutôt parler de "la dernière goutte", celle qui permet d'imprimer encore là où normalement l'imprimante nous l'interdit (généralement toujours quand on a besoin d'imprimer en urgence !) sous le prétexte d'être vide.

Vide... Vide ? Du moins, c'est ce que l'imprimante veut nous faire croire, car dans la réalité, les cartouches peuvent encore imprimer de nombreuses pages.
Ce qu'il faut alors chercher à faire, c'est tromper (à notre tour, ah ah ah !) l'imprimante pour lui faire croire que la cartouche est neuve, pleine, et qu'elle peut reprendre immédiatement son boulot normal d'imprimante -et non de suppôt de l'enfer-. Et bien entendu, non sans avoir préalablement effectué un nettoyage complet des buses, il va sans dire !!!
Les vieilles imprimantes avaient ceci de bien, c'est qu'on pouvait simplement effectuer un faux changement de cartouche. L'appui sur le bouton de changement de cartouche suffisait à faire croire qu'elle était neuve. Mais le temps passant, les constructeurs avides de profits ont bloqué cette possibilité, poussant même la perfidie en intégrant des mouchards. Il faut vraiment prendre les gens pour des truffes* (ou à juste titre... des buses !) pour les obliger à changer une cartouche encore suffisamment pleine.

Mais ceci n'est, heureusement pour nous, qu'un faux problème, car des palliatifs ont fait leur apparition sous la forme d'appareils ou bien de logiciels permettant la remise à zéro des cartouches.


On peut aussi pousser la logique vers une forme de "décroissance" salutaire, en récupérant des imprimantes abandonnées, jetées pour un simple "problème" de cartouches vides (cf. le chapitre non développé du "trop chères à renouveler par rapport au prix d'une imprimante neuve qui fera un meilleur boulot..." Le cycle infernal !)
Le but est alors, en gros : finir d'achever une imprimante en « l'essorant » au maximum avant d'en faire de la pièce détachée.


Attention : le fait d'utiliser les cartouches jusqu'au bout peut endommager l'imprimante ou les têtes d'impression (enfin, ça reste à prouver...) De plus, ceci annule la garantie constructeur. A utiliser à vos risques.

Les bidouilles données dans la suite de l'article ne sont valables que pour une marque d'imprimante particulière. Pour les autres marques, des infos sont facilement trouvables sur le net et sur certains forums (manipulations dans les menus des imprimantes, leurre avec des bouts de scotch sur les contacts des têtes, ...)

J'utilise la remise à zéro depuis pas mal d'années avec succès (principalement pour le noir), et n'ai jamais, mais alors jamais ô grand jamais eu de souci particulier avec des buses vides ou sèches. Guère plus de problèmes qu'en fonctionnement normal avec une cartouche pleine qui peut parfois sécher toute seule après quelques semaines sans impression... Un simple "nettoyage des buses" suffit en général à réamorcer le circuit d'encre, y compris lors de l'insertion d'une nouvelle cartouche.

Logiciel de remise à zéro pour imprimantes "€P$0N"

SSC Service Utility

Un de ces softs miraculeux est SSC Service Utility (Windows / gère une marque d'imprimantes uniquement). Il permet la remise à zéro de chaque cartouche, ou du moins celles qui le permettent, voire sinon de figer les niveaux pour les imprimantes un peu plus récalcitrantes.
La liste des imprimantes supportées est donnée sur le site en question.
Le programme est un poil déroutant, car une fois démarré, la page principale n'offre pas grand chose. En fait il faut réduire le logiciel pour voir apparaître une icône à coté de l'horloge. Un clic droit offre alors toute la palette d'outils disponibles pour agir sur l'imprimante.

Mais ces outils ne fonctionnent pas avec certaines nouvelles imprimantes plus coriaces (les cartouches équipées de "chip" ou "puces" ne sont plus programmables par l'imprimante elle-même). Il faut alors ruser... Les développeurs ont donc intégré un programmateur pour ces mouchards : c'est l'onglet "resetter" dans la page principale. Ainsi, avec un câble relativement facile à fabriquer, il est possible de reprogrammer les cartouches pour remplir artificiellement leur jauge.


    Remarque (02/11/2010)
Les modèles récents ne sont pas supportés par le logiciel, ni par le resetter (cartouches à 9 pins). De plus, un témoin interne au chip (fusible) est définitivement détruit dès que l'imprimante estime la cartouche vide à 10% ou 25%.

"Resetter" : programmateur de remise à zéro des mouchards

Imprimante Imprimante

Le schéma du resetter est donné dans le fichier d'aide du logiciel SSC Service Utility.
Comme décrit dans le texte explicatif de l'aide, un connecteur RJ45 détourné peut servir à créer une embase qui s'adapte aux connecteurs des cartouches. Moyennant un peu d'habileté, il est possible de désosser la connectique proprement dite d'un RJ45, et en coupant / tordant les tiges, le connecteur s'adapte aux broches du circuit de la cartouche. Certains vieux adaptateurs Sub-D9/RJ45 compacts sont idéaux car la partie qui nous intéresse se déclipse. Pour finir, un peu de colle chaude sur les fils permettra aux bornes de ne pas trop bouger dans leur logement.
Le resetter utilise le port LPT, donc il vous faudra un ordi avec un port parallèle.
Toutes les indications nécessaires sont données dans le fichier d'aide, notamment sur la procédure de mise en route et de tests.

Déverrouillage des têtes

Si le bloc de tête d'impression est verrouillé en position de "parking" sur un coté, deux méthodes pour la libérer :

Imprimante Imprimante

Nettoyage manuel des buses

Pour les imprimantes "bouchées" ou "baveuses", ou bien à qui il manque des points, un petit nettoyage à l'alcool peut redonner vie aux buses embourbées dans un pâté d'encre. J'utilise avec succès du liquide lave vitres un peu dilué dont la teneur en alcool est suffisante pour dissoudre les encres.
Si la tête d'impression est facilement accessible (ou démontable), laissez-la tremper dans un fond d'alcool.

nettoyage-apres nettoyage-avant

Si la tête d'impression ne se démonte pas facilement, une feuille d'essuie-tout imbibée d'alcool, pliée et placée sur le chemin de la tête d'impression permettra de "moucher" les buses en manœuvrant à la main le bloc de têtes par allers-retours successifs.

Et les imprimantes laser ?

Dans un prochain épisode, nous verrons (ou pas) :

Le tout en prenant un maximum de précautions pour ne pas respirer la poudre de toner qui est extrêmement volatile et terriblement toxique (pour ne pas dire cancérigène...)

Liens

SSC Service Utility : remise à zéro (Windows)

sebsauvage.net et son article sur les imprimantes à jet d'encre

Oatmeal : web comics, notamment sur les imprimantes.

Obsolescence programmée (Wikipédia -fr-)


Ajout du 29/04/2011

D'autres liens où l'on s'interroge sur la composition réelle des encres (apparemment 95% d'eau déminéralisée !!)

What's Inside: Inkjet Cartridges (Wired -eng-)
Printer Ink Mostly Water, Still Costs More Than Champagne (Unplggd -eng-)

Et sur la quantité réelle qu'il reste dans les cartouches

How Much Ink Is Left in That Dead Cartridge? (PCWorld -eng-)
Are You Wasting Money on Printer Ink? (Unplggd -eng-)



* Ah, on me dit dans l'oreillette qu'ils le seraient probablement ; du moins en quantité non négligeable... Ah, et même qu'ils seraient prêts à payer pour ça d'ailleurs...


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